VolleyActu : Le volley, ça a commencé comment pour toi ? C’est ton père qui t’y a amené (Julien Lecat est le fils d’Olivier Lecat) ?
Julien Lecat : « Le volley, c’est une histoire de famille. Mon père a été joueur et il est toujours entraîneur aujourd’hui. Ma mère aussi a joué au volley, mais elle a arrêté après avoir eu mon frère et moi, parce que ce n’était pas professionnel. Pour gagner sa vie, elle devait aussi travailler à côté. Mais mes parents ne nous ont jamais forcés. Avec mon frère, on a commencé par faire du foot, du tennis, on a essayé pas mal d’autres sports. Et puis, à force d’aller aux entraînements et de voir les matchs de mon père, forcément, ça donne envie d’essayer. Une fois qu’on a commencé, on n’a plus lâché le truc. Tu fais les premiers stages, les Volleyades, les Coupes de France… Et puis le volley, c’est tellement familial et bonne ambiance qu’on a tout de suite accroché et continué là-dedans. Donc oui, ça vient de la famille, mais mon père ne nous a jamais forcés à nous lancer dedans. C’est venu naturellement, on va dire. »
VA : Il n’y avait pas un peu de pression à être le fils d’un joueur de volley au parcours exceptionnel et d’un entraîneur très titré ?
J.L : « Non, je ne dirais pas une pression. Déjà, je suis fier d’être le fils d’un bon joueur et d’un très, très bon coach. Donc non. Après, oui, forcément, il y a toujours cette vision, surtout en France, d’être là parce que tu es le fils du coach. Ça, je l’ai un peu ressenti, notamment quand j’ai voulu partir de Montpellier pour trouver du temps de jeu. J’avais un peu la route barrée par cette image de “fils du coach”. Personne ne le disait vraiment, mais je pense que ça jouait un peu. C’est aussi pour ça que je suis parti à l’étranger, pour me faire un nom par moi-même. Mais non, je ne dirais pas que c’était une pression. Au contraire, j’ai de la chance, parce qu’il est là pour m’aider et me conseiller dès que j’en ai besoin. Donc c’est plus une chance qu’une pression. »
VA : Ça fait deux ans que tu joues à l’étranger, comment ça se passe pour toi ? Est-ce que tu as eu quelques appréhensions au début ?
J.L : « Ouais, ça fait deux ans, avec deux expériences différentes. La première, c’était en tant que joker médical à Maaseik, en Belgique. Franchement, c’était une belle première expérience et, pour un premier pas à l’étranger, je pense que c’était parfait. Après, c’était aussi une année où j’avais un peu moins de temps de jeu, parce que je suis arrivé comme troisième option au poste 4, et les deux joueurs devant moi fonctionnaient super bien. Mais voilà, cette première expérience m’a ensuite donné l’opportunité d’aller chercher plus de temps de jeu et un poste avec des responsabilités à Groningen, aux Pays-Bas. Et ça, je l’ai vraiment ressenti comme ma première vraie expérience à l’étranger : t’es loin de la France, dans un nouveau championnat que tu ne connais pas. On était presque les seuls Français du championnat. Donc non, c’était de très bonnes expériences, avec beaucoup plus d’excitation que de peur. Et puis tout s’est super bien passé, donc c’était au top. »
VA : Est-ce que tu considères que c’est ta meilleure expérience aux Pays-Bas jusqu’ici ?
J.L : « Oui, c’est probablement ma meilleure expérience jusque-là. Après, j’en avais déjà vécu de très belles en France, notamment à Montpellier et à Chaumont. À Montpellier, on gagne le titre, et à Chaumont, on réalise une très, très belle saison. Mais jusque-là, j’avais toujours eu un temps de jeu assez limité. Donc cette année, le fait d’avoir beaucoup de responsabilités, beaucoup de temps de jeu, et en plus une saison réussie collectivement, ça en a fait une expérience vraiment particulière. On a joué de très gros matchs, notamment contre Orion Stars à chaque fois qu’on les affrontait, mais aussi contre Roeselare et Maaseik pendant la BeNe Conference, où on a réalisé de très belles performances. Franchement, c’était une super expérience. J’ai vraiment adoré cette saison. Et en plus, ça m’a permis d’obtenir des distinctions individuelles à la fin de l’année. Donc oui, une très belle expérience, et surtout une expérience réussie. »
VA : Être élu meilleur réceptionneur-attaquant de la ligue doit être une vraie fierté, non ?
J.L : « Ouais, comme tu dis, c’est une vraie fierté. Surtout après quelques années où je n’ai pas vraiment pu montrer ce que je savais faire sur le terrain. Donc avoir cette première saison où je joue vraiment avec des responsabilités, et recevoir cette distinction, ça fait vraiment plaisir. Après voilà, il faut confirmer l’année prochaine et les saisons qui suivent, mais ouais, c’est une grande fierté, ça c’est sûr. »
VA : Pour revenir sur ta saison aux Pays-Bas, tu termines 5e meilleur marqueur, 6e meilleur attaquant et 8e meilleur serveur, avec en plus une finale de championnat. Quels sont les facteurs qui t’ont permis d’être aussi performant au sein de cette équipe ?
J.L : « Ouais, c’est une belle saison. Les facteurs, je pense que c’est déjà l’équipe. On a tous une très bonne connexion. Ça fait sept, huit ans que je suis dans des équipes professionnelles, et c’est rare d’avoir des saisons comme ça, où il y a une vraie alchimie et où tout le monde s’entend très bien. Le coach m’a beaucoup mis en confiance aussi, et au fur et à mesure des matchs, j’ai pris de plus en plus de plaisir. Les connexions avec les gars étaient vraiment top, et cette confiance sur le terrain m’a permis de réussir une belle saison comme ça. Donc ouais, je pense que les facteurs, c’est surtout les mecs avec qui je jouais, la confiance du coach, et le fait de pouvoir mettre en pratique tout ce que j’ai appris ces dernières années dans les différents clubs où je suis passé, et transformer ça en bonne énergie sur le terrain. »
VA : Penses-tu qu’en France, les jeunes manquent de temps de jeu, au point de devoir partir à l’étranger pour en obtenir, comme tu l’as fait ?
J.L : « C’est mitigé. Je pense qu’il y a des clubs qui font confiance à des joueurs, notamment à ceux qui sont dotés d’un fort potentiel, voire d’un potentiel équipe de France, donc ça c’est génial. Après, moi je pense que c’est surtout les joueurs qui ont du potentiel mais pas forcément “équipe de France” qui n’ont pas toujours leur chance. Et pour moi, la Ligue B devrait servir de réservoir pour ces joueurs-là. Et c’est vrai que ça me dérange un peu de voir certaines équipes de Ligue B aligner 4, parfois 5 étrangers sur le terrain, alors qu’il y a des joueurs français qui peuvent faire le travail. Surtout qu’en Ligue B, aujourd’hui, il n’y a qu’une place pour monter et très souvent pas de descente, donc les enjeux sportifs sont un peu moindres. Ça devrait justement servir à donner du temps de jeu à ces joueurs. Après, de mon côté personnel, je suis très content de mon expérience à l’étranger. C’était ce que je cherchais : découvrir de nouveaux championnats et de nouvelles expériences de vie. Donc moi, de mon côté, je suis très content. Mais voilà, je pense que la Ligue B devrait vraiment servir de réservoir pour les joueurs français à potentiel, qui ne sont pas forcément équipe de France, mais qui peuvent ensuite compléter des effectifs en Ligue A ou partir à l’étranger. »