De l’espoir au cauchemar : la descente aux enfers de Pierre Bouleau en Roumanie

Au cours de son passage en Roumanie, Pierre Bouleau a inscrit deux Supercoupes à son palmarès. (Instagram : Pierre Bouleau)
Au cours de son passage en Roumanie, Pierre Bouleau a inscrit deux Supercoupes à son palmarès. (Instagram : Pierre Bouleau)
Tout semblait réuni pour une saison réussie : un club ambitieux, des garanties sportives et un statut reconnu dans le championnat roumain. Mais en quelques semaines, l’aventure de Pierre Bouleau à Brașov a basculé. Entre incompréhension, pression mentale et mise à l’écart, le libéro français raconte une expérience qui l’a poussé à quitter le club.

Pierre Bouleau, libéro français de 27 ans, a évolué pour la dernière fois en France entre 2020 et 2023 sous les couleurs de Chaumont. Depuis 2023, le joueur d’1,79 m poursuit sa carrière en Roumanie, où il est successivement passé par les clubs de Baia Mare, Bucarest puis Brașov.

C’est à Brașov que Pierre décide de s’engager l’été dernier, un choix qui semblait évident sur le papier. « Cela faisait deux ans que je figurais parmi les meilleurs libéros du championnat roumain. J’ai reçu plusieurs offres, dont celle de Brașov, où l’on m’a garanti qu’il y aurait suffisamment de joueurs roumains pour me permettre d’être sur le terrain, puisqu’il faut au minimum deux Roumains alignés. Le projet sportif était intéressant : Supercoupe, Coupe d’Europe, un club finaliste les deux saisons précédentes, et la présence du capitaine Gommans avec qui j’avais déjà joué à Sète. » Tous les voyants semblaient au vert, et Pierre signe.

Mais très rapidement, le rêve tourne au cauchemar. Durant la préparation, il ne dispute aucun match amical en tant que titulaire. À ce moment-là, le club n’a pas encore nommé d’entraîneur principal. Cherchant à comprendre, Pierre se tourne donc vers l’entraîneur adjoint afin d’obtenir des explications sur son absence et sur le fait qu’aucun système de jeu n’intègre sa titularisation. « Je pense qu’il l’a mal pris. À partir de là, la relation s’est dégradée et nous ne nous sommes pratiquement plus parlé pendant toute la demi-saison. »

Début novembre, l’entraîneur principal demande alors à Pierre de se reconvertir en réceptionneur-attaquant afin de l’utiliser uniquement en phase de réception. « À ce moment-là, j’étais sûr que si une opportunité se présentait ailleurs, je partirais. Je jouais très peu, jamais titulaire. J’ai reçu une offre d’un autre club et j’ai demandé à partir pour retrouver du temps de jeu à mon poste. Le manager a accepté, mais le coach a refusé, invoquant la Supercoupe à venir. »

La situation se tend davantage. « Trois jours avant la Supercoupe, je suis allé le voir pour lui redemander de me libérer. Il a refusé, disant qu’il avait besoin de moi et qu’il se fichait de ce que je ressentais, que j’avais signé un contrat et que je devais rester. » Pierre raconte également l’attitude agressive de l’entraîneur italien, Maurizio Castellano, qui aurait annoncé publiquement à l’équipe son intention de quitter le club, tentant de l’humilier en le faisant passer pour égoïste. « Heureusement, la majorité des joueurs étaient au courant de la situation et comprenaient mon envie de partir. »

Contraint de rester, Pierre remporte malgré tout la Supercoupe de Roumanie. Lors du match suivant, le réceptionneur-attaquant repositionné au poste de libéro se fracture un doigt et est indisponible pour au moins deux mois. « Je me suis dit que c’était peut-être un mal pour un bien que je ne sois pas parti. Au moins, désormais, je devais jouer, malgré les situations compliquées vécues à l’entraînement, toute la pression mentale et l’humiliation subies auparavant. J’avais enfin une chance de prouver ma valeur. »

Pourtant, le cauchemar se poursuit. Après une défaite 3-1 en Suisse en CEV Cup puis une victoire 3-1 en championnat, Pierre est sorti en cours de match alors que le score est d’un set partout. L’entraîneur décide de faire entrer un central étranger, estimant qu’il est indispensable sur le terrain, et sacrifie Pierre en alignant un jeune libéro roumain (limite d’étrangers). Présent en tribunes, l’agent du joueur échange avec le coach à l’issue de la rencontre. « Il lui a dit clairement que je ne jouerais plus et qu’il fallait me trouver une porte de sortie. »

Le lendemain, Pierre apprend par des joueurs d’autres clubs que Brașov a déjà recruté un nouveau libéro roumain pour pallier la blessure du réceptionneur-attaquant, portant le total à quatre libéros pour un seul poste. « À aucun moment le club ne m’a informé de la situation ni cherché des solutions avec moi pour faciliter un départ. »

Son agent l’informe ensuite que le club souhaite rompre son contrat et que, en cas de refus, une rupture unilatérale serait engagée. « Je voulais au minimum une rupture conventionnelle avec des dommages et intérêts, mais cela demandait beaucoup d’énergie, financièrement et mentalement. Je voulais juste que cette situation pesante se termine. J’ai donc signé la résiliation et je suis désormais libre. »

Une aventure particulièrement difficile pour Pierre Bouleau, qui a quitté la Roumanie le 30 décembre et se retrouve aujourd’hui libre sur le marché, à la recherche d’un nouveau projet sportif.

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